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Mourad Derrouiche et Réda Benrezzak (Pdt et Vice-Pdt de l’association TAFAOUL) : «400 agents de la DCP ne peuvent pas contrôler les 70.000 commerçants activant à Oran»

Pour le Président de l’association TAFAOUL d’Oran et son Vice-président, Réda Benrezzak la sensibilisation reste le meilleur moyen pour combattre les dépassements et autres fraudes dont sont victimes les consommateurs algériens.
«Il est nécessaire de dénoncer certaines pratiques afin de pouvoir intervenir et faire cesser ce type d’infraction»

«Chaque été, on organise une caravane qui dure plus de 15 jours pour sensibiliser les restaurateurs, les glaciers mais aussi les estivants quant aux dangers liés au manque d’hygiène»

«On prépare une opération de sensibilisation quant au danger du monoxyde de carbone»

«Je pense que c’est du ressort des autorités de durcir le ton afin d’obliger les citoyens à porter le masque»

- Quel est le rôle de l’association TAFAOUL dans la sensibilisation du consommateur quant à la défense de ses droits ?
Mourad Derrouiche : Notre association est à caractère sociale, ce qui diffère des associations caritatives. L’objectif de notre association est la défense des droits des consommateurs qui lui sont garantis par la loi. Certains consommateurs ne connaissent pas ces droits alors que d’autres y renoncent ce qui profite aux commerçants. On n’a pas la prétention de rendre au consommateur son droit, mais plutôt de le sensibiliser afin qu’il réclame, tout seul, ses droits. En d’autres termes, TAFAOUL travaille sur deux axes principaux : la sensibilisation et l’orientation.
D’ailleurs, le nom de notre association reflète notre optimisme quant à préparer une génération consciente de ses obligations et de ses droits. Il ne faut pas oublier que la chaîne de consommation est composée de plusieurs maillons. Elle commence par le fournisseur de matière première et se termine pas le consommateur final.

- Souvent, les consommateurs imputent la responsabilité de la propagation des fraudes et des dépassements au manque de contrôle de la part des services concernés. Êtes-vous du même avis ?
Mourad Derrouiche : Je pense que c’est une erreur de penser ainsi. Je vous donne l’exemple d’Oran où pas moins de 70.000 commerçants sont en activité, cela sans compter les industriels, les grossistes et les semi-grossistes et les prestataires de services. En parallèle, la direction de la concurrence et des prix (DCP) ne compte que 5 inspections à travers tout le territoire de la wilaya qui se chargent, en outre, de contrôler les marchandises au niveau du port, de l’aéroport et des ports secs. A votre avis, cette direction peut-elle contrôler et les marchandises en provenance de l’étrangers et celles en circulations dans les commerces ? Je ne le crois pas. Au dernier recensement, 400 agents de la DCP sont en charge d’effectuer le contrôle auprès des 70.000 commerçants qui activent dans la wilaya d’Oran. Ce qui relève, à mon sens, de l’impossible. J’irai encore plus loin, certains commerçants sont verbalisés et sanctionnés par des amendes. Ils payent ces amendes et continuent de commettre la même infraction. Ils préfèrent payer et continuer de travailler comme ils veulent que de se conformer à la réglementation. L’infraction la plus répandue en Algérie est le défaut d’affichage des prix et elle est préméditée. C’est dire que les moyens de répression ne sont, souvent, pas aussi dissuasifs que cela.

- Que préconisez-vous, donc, pour venir à bout de ses infractions qui pénalisent les consommateurs ?
Mourad Derrouiche : Il y a toujours deux méthodes et notre Prophète «que le Salut soit sur Lui» nous appelle à user de la parole avant de passer à l’acte. C’est ce que nous essayons de faire en favorisant le dialogue et la sensibilisation avant d’opter pour la répression. Il se peut que ce commerçant ou cet opérateur économique ignore la réglementation. Du coup, on lui accorde les circonstances atténuantes et on lui donne la chance de se conformer à la loi en lui expliquant en quoi ses agissements sont nuisibles aux consommateurs. Dans le cas où il persiste en ayant pris connaissance de la nature de son infraction, là on passe à la phase de la répression. Et il servira, ainsi, d’exemple pour les autres commerçants qui ne s’aviseront pas de commettre les mêmes infractions.

- Sans nul doute, votre association adapte ses activités aux évènements du moment. Parmi eux, la rentrée scolaire des élèves du cycle primaire prévue après-demain, mercredi.  Comment envisagez-vous d’accompagner les consommateurs dans cette circonstance particulière de pandémie de Covid-19 ?
Mourad Derrouiche : Dans cette conjoncture particulière, un protocole sanitaire a été établi par les plus hautes autorités sanitaires. Il impose la distanciation physique entre les enfants, l’utilisation du gel hydroalcoolique et le port obligatoire des masques, y compris pour les plus jeunes. Pour ce qui est de l’association TAFAOUL, on agira, en collaboration avec la DCP, au niveau des librairies et des papeteries afin de sensibiliser les enfants et leurs parents quant à certains articles scolaires qui sont vendus et qui ne répondent pas à la moindre norme de sécurité ou de santé et qui peuvent causer des intoxications ou encore des lésions au niveau des yeux. Comme on le sait, les enfants, surtout les plus petits, ont tendance à mettre n’importe quoi dans leur bouche ou se frottent les yeux. Cela en plus de signaler les articles scolaires qui pourraient inciter les enfants à la violence comme des stylos en forme de couteaux. Ce genre de produits qui sont introduits sur le marché de manière informelle afin d’échapper au contrôle des autorités qui ne permettront jamais la commercialisation de ce type d’articles scolaires. On conseille, ainsi, les parents de payer les articles scolaires un peu plus cher, quitte à souffrir un peu en termes de budget, que de faire des économies qui pourraient causer à leurs enfants des accidents qu’ils regretteront par la suite.

- Qu’en est-il de la fête du Mouloud qui est associé aux produits pyrotechniques…
Mourad Derrouiche : les pétards, les fusées, les feux d’artifices sont autant de produits qui se vendent à l’approche de cette fête religieuse et qui sont proposés par des marchands illicites qui se fournissent, à leur tour, chez des personnes qui ont introduit ces produits de manière illégale. Ainsi, on prend part, en collaboration avec la direction de la protection civile et la DCP, à une compagne de sensibilisation contre les dangers de ces produits pyrotechniques qui peuvent causer des lésions dangereuses et parfois permanentes avec, notamment, des brulures jusqu’au 3e degré ou encore des doigts sectionnés ou des visages défigurés. Surtout que ce sont, le plus souvent, les enfants qui jouent avec ce genre de produits. Des jeux se transforment des fois à de véritables batailles. On lutte, en outre, contre l’utilisation des fusées éclairantes (signal) qui sont utilisées dans les cortèges et qui peuvent engendrer des incendies.

- On croit savoir que l’association TAFAOUL est, aussi, engagée dans d’autres domaines…
Mourad Derrouiche : Parfaitement, comme les compagnes de vaccination et la lutte contre les intoxications alimentaires. Comme vous le savez, la saison estivale est marquée par l’accroissement de l’activité de la restauration rapide, à l’instar des pizzerias et des fast food. Une activité qui est, malheureusement, sujette à des fraudes liées au non respect des mesures d’hygiène ou de la chaine de froid. Ces infractions qui rendent certains aliments impropres à la consommation, pour ne pas dire dangereux pour la santé. C’est pourquoi nous avons initié, depuis déjà quelques années en collaboration avec la direction du commerce, une caravane en été qui dure plus de 15 jours et qui sillonne les différentes plages et endroits à grande affluence pour sensibiliser les restaurateurs, les glaciers mais aussi les estivants quant aux dangers liés au manque d’hygiène. On distribue même des prospectus pour bien expliquer aux consommateurs les bons reflexes à avoir avant de consommer des aliments à l’extérieur. Cela sans compter d’autres actions collectives avec d’autres associations.

- Pouvez-vous nous en parler ?
Mourad Derrouiche : Avant même l’appel lancé par le Président de la République pour mobiliser la société civile pour lutter contre la pandémie du Covid-19, nous nous sommes ralliés à près de 14 autres associations telles que Kafel El Yatim, Ness El Khir, l’association des Oulamas algériens, le Scouts algériens, l’association Souboul El Kheirates, Chabab Oran, Ousra saida, le réseau Maram et bien d’autres pour collecter les dons et distribuer des aides aux familles nécessiteuses après avoir établi des listes de ces personnes qui sont dans le besoin. Et bien que nous n’opérions pas dans le domaine caritatif, nous avons tâché d’apporter notre aide en contribuant à la préparation des colis et à les acheminer vers leurs destinataires vu qu’on avait besoin de bras pour pouvoir répondre à la situation particulière du moment. De notre coté, on a lancé une opération de sensibilisation avant Aïd El Adha pour donner des conseils concernant le choix du mouton, la manière de l’égorger et de le conserver et bien d’autres conseils utiles pour repérer une quelconque anomalie sur la bête sacrifiée. Du coup, on agit selon les évènements et autres occasions qui rythment le quotidien des consommateurs. Vous n’êtes pas sans savoir que le consommateur algérien adapte ses habitudes de consommation à certaines circonstances : le Ramadan, les deux Aid, le Mouloud, Moharam, Achoura ou encore le réveillon. Des périodes durant lesquelles, la consommation augmente de manière exceptionnelle et on essaye de s’y adapter.  

- Justement, les consommateurs sont souvent victimes de spéculation lors de ces périodes de fêtes, ou même de crise comme ce fut le cas durant cette pandémie. Comment peuvent-ils échapper à ce fléau ?
Réda Benrezzak : la première des choses est la dénonciation. Pour cela, il y a le numéro vert de la Fédération algérienne des consommateurs, le 3000, ou encore le numéro vert de la direction du commerce, le 1020. Comme il est possible d’appeler sur les numéros de l’association les : 0671 27.11.27 ou 0676 00.27.35 ou de nous contacter sur notre page facebook. C’est ce qui nous facilitera le travail. Il est nécessaire de dénoncer certaines pratiques comme la vente concomitante ou le non respect de la date de péremption afin de pouvoir intervenir et faire cesser ce type d’infraction. Une fois la DCP informée, elle dépêchera ses agents qui feront leur constat et établiront un PV en cas de confirmation de l’infraction. On est même en mesure de s’adresser à la police. C’est le seul moyen d’identifier les fraudeurs et les spéculateurs. De plus, afin que notre action soit plus efficace et plus étendue, il est impératif que les gens adhèrent aux associations. Peu importe la nature de l’association : sportive, culturelle, caritative ou autre, l’essentiel est que les gens s’investissent dans le travail associatif. C’est mieux que de passer leur temps à ne rien faire. C’est ce qui fait la force des associations à l’étranger, c’est le nombre d’adhérents. Même ceux qui font appel à nous pour régler un souci, ne redonnent plus signe de vie après avoir réglé leur problème. Ce qui ne devrait pas avoir lieu. Il faut se dire que l’union fait la force et plus les associations comptent d’adhérents, plus elles auront du poids.

- Quel est votre programme pour le reste de l’année ?
Réda Benrezzak : on est en train de préparer une opération de sensibilisation quant au danger du monoxyde de carbone avec des simulations et des ateliers, notamment de secourisme en collaboration avec la protection civile. On compte réaliser cette opération dans un quartier à forte densité démographique, comme une cité AADL. De plus, un décret est en préparation qui oblige les fournisseurs et constructeurs d’appareils de chauffage ou fonctionnant au gaz de commercialiser impérativement un détecteur de gaz avec leur produit. Ainsi, le consommateur devra installer ce détecteur en même temps que son chauffage, son chauffe-bain ou sa cuisinière afin d’éviter ces accidents qui endeuillent chaque hiver de nombreuse familles. Et même si ce décret n’est pas promulgué, il est nécessaire que l’équipement des foyers avec ce type de détecteurs devienne un reflexe.

- Dernière question, on a remarqué un relâchement des Algériens quant au port du masque. Votre commentaire à ce propos.
Réda Benrezzak : Je pense que c’est du ressort des autorités de durcir le ton afin d’obliger les citoyens à porter le masque. Pour notre part, on a un rôle de sensibilisation. Cependant, on a contribué à la distribution gratuite des bavettes à grande échelle dans les marchés, les grandes surfaces et autres quartiers populaires et marchés à bestiaux. Aussi, on a initié une opération de collecte de bouteilles en plastique que nous avons remis au centre de recyclage sis à M’dina J’dida. Ce centre a transformé ces bouteilles en visières pour le personnel médical et nous a remis des bavettes qu’on a redistribuées sur les personnes qui nous ont remis les bouteilles.